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Mar 21, 2013

Politique économique et sociale de Chavez : quel héritage ?

Abanda Kpama
Par Abanda Kpama 
Président National du MANIDEM 

Le président Hugo Chavez a marqué d’une empreinte indélébile l’histoire du Venezuela et celle de l’Amérique Latine. Son œuvre a enthousiasmé les peuples déshérités et marginalisés aussi bien en Amérique Latine, au Moyen Orient qu’en Afrique.

1- Le contexte politique

L’effondrement, à partir de 1999, des pays du « socialisme réel » de l’Europe de l’Est marquait, d’après les historiens conservateurs et libéraux, la fin définitive de l’utopie socialiste. Les expériences qui avaient eu lieu au Chili sous Salvador Allende et au Nicaragua avec les Sandinistes pour faire adjoindre la démocratie au socialisme ; avaient rapidement été nettoyées par le sang et l’embargo économique avec le soutien actif des Etats-Unis d’Amérique.

Chavez arrive au pouvoir en 1999 dans une Amérique Latine qui tourne progressivement le dos à la dictature militaire. Mais personne, avant Chavez, n’avait obtenu une aussi incontestable légitimité démocratique. Entre 1999, date de son arrivée au pouvoir et le 7 octobre 2012, Hugo Chavez et son parti, le Parti révolutionnaire bolivarien, ont affronté 16 fois les élections et en ont gagné 15. Personne, ni même les Etats-Unis, n’ont jamais remis en cause la transparence des scrutins. Ses victoires, toujours nettes, lui ont donné une légitimité encore plus grande et plus forte. Jimmy Carter, ancien président des USA est même allé jusqu’à déclarer que « le système électoral vénézuélien était le meilleur au monde ». Chavez en a donc profité pour imposer des reformes profondes au système économique et social du Venezuela. A ce niveau déjà, on peut conclure, pour les révolutionnaires africains, que la légitimité est indispensable pour un dirigeant politique qui veut engager des changements profonds sans courir le risque de se faire accuser par les Occidentaux de dictateur, mais surtout pour avoir le soutien de la majorité des masses populaires qui constituent l’essentiel des populations de nos pays.

Feb 28, 2013

La crise énergétique et sécuritaire confirme les graves lacunes managériales du « Renouveau »

Par Abanda Kpama et Ghonda Nounga 

Une situation récurrente

Les graves détériorations de la fourniture de l’énergie électrique qui se produisent depuis trois mois sur l’ensemble du territoire kamerunais rappellent l’époque où AES-SIROCCO, le repreneur de SONEL, après avoir annoncé les lendemains qui chantent, a plongé le Kamerun dans le noir. Nous étions en 2003. L’on se rappelle que le MANIDEM organisa à Douala et à Bafoussam une série de manifestations contre les « délestages » qui furent violemment réprimées par la police et la gendarmerie. Dix ans après, la situation s’est davantage détériorée. Le chef de l’Etat, a, depuis, annoncé la résolution de ce problème qui empoisonne la vie des Kamerunais et hypothèque le développement du pays. Mais plus il parle et plus les faits le font mentir. Malgré un potentiel hydroélectrique estimé à 55000 MW ! (mégawatts), le Kamerun peine à produire 1200 MW ! En 2003, dans une contribution parue dans le Messager, Abanda Kpama signalait qu’en 2002, le Kamerun n’avait pu produire que 800 MW alors qu’à l’époque, la demande était estimée à 1200 MW ! Dix ans après, AES-SONEL produit 1100 MW au mieux, la demande se situe, d’après les propres estimations cachées de AES-SONEL à 1500 MW ! Sur dix ans, le gap est resté le même : 400 MW. Il s’agit donc d’un déficit structurel, qui ne prend d’ailleurs pas en compte les besoins exprimés de potentiels investisseurs. Nous ne prendrons que l’exemple d’Alucam dont les projets d’extension à Edéa et Kribi sont momentanément enterrés à cause du déficit en hydroélectricité.

Feb 1, 2013

Kamerun : le défi de l’industrialisation

Abanda Kpama
Par Abanda Kpama 
Président National du Manidem 

Une voie sans issue

Le discours du 31 décembre 2012 de M. Paul BIYA, chef de l’Etat, a semblé indiquer qu’il avait enfin pris la juste mesure du défi du développement qui se pose à notre pays. Le chef de l’Etat indique clairement et pour la première fois que l’industrialisation est le levier du développement du Kamerun. M. BIYA a raison. Il n’existe pas dans l’Histoire de l’Humanité, un pays qui se soit développé sans s’industrialiser. On peut d’ailleurs affirmer que seuls les pays industriels peuvent être considérés comme des pays développés. La production industrielle de biens et de services basée sur la mise en œuvre de la technologie issue de la recherche scientifique est le gage du développement des Nations. Reste donc à définir la voie qui mène à l’industrialisation. La voie, suggérée par le chef de l’Etat, est sans issue, elle conduit à l’échec. Cette voie, c’est celle que nous empruntons depuis l’époque coloniale et qui est reconduite depuis 1960 par M. AHIDJO et aujourd’hui par M. BIYA. Cette voie, c’est celle que les patriotes et les progressistes kamerunais qualifient d’extravertie. Elle consiste à baser le développement du pays sur la production intensive des matières premières agricoles, forestières et minières et à les exporter à l’état brut pour engranger les devises. Celles-ci sont alors supposées servir à un début d’industrialisation, c’est du moins ce qu’affirme M. BIYA. Tous les pays sous-développés économiquement qui ont expérimenté cette politique-là sont restés sous-développés. Et ce, même quand ces pays regorgeaient d’immenses richesses naturelles. Les exemples les plus frappants sont les monarchies moyenâgeuses du Moyen-Orient et en particulier l’Arabie Saoudite et plus près de nous, le Gabon et la Côte-d’Ivoire. Sous la dynastie des Fayçal comme sous Bongo-Père et sous Houphouët-Boigny tous les trois pays sus-cités ont exporté pétrole, bois et cacao en quantité et ont engrangé des montagnes de devises ; malgré tout, ces pays sont demeurés sous-développés et la plus grande partie de leurs populations vit dans le dénuement et la misère. A contrario, les pays sans ressources naturelles comme la Corée du Sud, le Vietnam, la Malaisie et bientôt l’Ethiopie se classent parmi les pays émergents ou en voie de l’être et s’industrialisent grâce à des politiques économiques basées sur l’acquisition des technologies et la formation scientifique et technique de la jeunesse.

Oct 29, 2012

15 octobre 1987 – 15 octobre 2012 : Cela fait 25 ans que Thomas SANKARA a été assassiné sur ordre du chef de la Françafrique

Par Abanda Kpama
Président National du MANIDEM

Curieuse coïncidence. Le sommet de la Francophonie et de la Françafrique s’est achevé la veille du jour anniversaire de l’assassinat d’un des plus illustres fils d’Afrique. C’est parce que le jeune capitaine de 37 ans était devenu une épine dans les pieds de la Françafrique que mission fut donnée à Houphouët-Boigny, le traître de toujours, de recruter un tueur à gage dans l’entourage de SANKARA. C’est à Blaise COMPAORE, compagnon et « ami » de SANKARA que revint l’« honneur » d’éliminer physiquement le grand leader panafricaniste.

Limogeage du Père Lado : l’épiscopat kamerunais au service du pouvoir néocolonial

Par Abanda Kpama
Président national du MANIDEM

Le limogeage du père jésuite Ludovic LADO de son poste de vice-doyen de la faculté des sciences de gestion de l’Université Catholique d’Afrique Centrale et son affectation punitive à Dabou en Côte d’Ivoire, pays en guerre et où règne une grande insécurité, ont donné lieu à une passe d’armes très médiatisée entre les milieux intégristes bamilékés d’une part et de l’autre, les intégristes anti-bamilékés dont un bon nombre se recrute dans la hiérarchie des églises chrétiennes et les exécutifs de certains partis politiques.

Aug 11, 2012

L’augmentation des prix du carburant est une imposture

Par Abanda Kpama
Président National du Manidem

Depuis bientôt 2 ans, le pouvoir RDPC cherche la méthode idoine qui lui permettrait de procéder à une augmentation sensible du prix du carburant à la pompe sans que cette augmentation ne déclenche des manifestations de rue, à l’instar de ce qui s’est passé en 2008. Le pouvoir fut pris de panique et dut sortir l’artillerie lourde, les chars et le BIR. Plus d’une centaine de jeunes Kamerunais furent assassinés, de milliers d’autres jetés en prison. Cette affaire constitue une grosse épine dans le pied du pouvoir RDPC, elle hante le sommeil des commanditaires de ces assassinats d’autant plus qu’avec les meurtrières luttes de succession que se livrent les clans au pouvoir, des fuites bien organisées alimentent le dossier d’un recours à la CPI contre le pouvoir en place à Yaoundé. Ceci explique l’extrême prudence du régime qui a entrepris une vaste campagne de communication à travers les médias gouvernementaux Cameroon Tribune et CRTV, pour convaincre l’opinion publique du bien-être de l’augmentation des prix du carburant. 

Nov 15, 2011

La nécessaire clarification

Par Abanda Kpama
Président National du MANIDEM

L’Histoire se répète. Le tir groupé des partisans du régime néocolonial, des intellectuels petit-bourgeois et curieusement, de certains partis politiques autoproclamés progressistes et dont l’activité aujourd’hui se réduit à l’invective et à la sortie de communiqués dans les journaux, ce qui cache mal leur inertie et leur immobilisme, ce tir groupé contre les partis politiques ayant participé à la dernière élection présidentielle, ressemble fort étrangement à la situation qui a prévalu après les assassinats de Um Nyobe en 1958 et de Ouandié en 1971.

Apr 8, 2011

Elecam 1, Elecam 2, Elecam 3 ou la faillite du régime Rdpc

Par Abanda Kpama (Président du Manidem)

Avec le projet de loi que le Gouvernement vient de déposer sur la table de la Représentation Nationale, on peut affirmer que le régime Rdpc a définitivement tourné le dos à une solution durable de la grave crise politique et morale dans laquelle notre pays se débat depuis au moins deux décennies.

Contraint d’une part par les luttes récurrentes des Kamerunais qui exigeaient le multipartisme et la démocratie, et d’autre part par le contexte international du vent de l’Est, M. Biya et ses amis du Rdpc ont accédé à la revendication de la libération du jeu politique au début des années 90, mais juste du bout des lèvres. La culture démocratique subséquente à une volonté politique affirmée de changement, est restée étrangère aux tenants du pouvoir. Les idéologues et pontes du Rdpc n’ont jamais abandonné la culture du monolithisme et du fait accompli. De telle sorte que les problèmes que connaît notre pays n’ont pas pu trouver de solutions durables. Que de fois patriotes et démocrates ont appelé à des assises nationales incluant toutes les forces vives de la nation : partis politiques, syndicats, congrégations religieuses, chefs traditionnels, Ong, etc., pour élaborer de manière consensuelle un pacte social, une constitution et un code électoral. Cette démarche aurait eu l’avantage de doter le pays d’institutions consensuelles, c'est-à-dire acceptées par toutes les catégories et classes sociales kamerunaises. Personne ne prétend que de telles institutions seraient parfaites mais elles auraient au moins l’avantage d’avoir été élaborées par tous et seraient donc un socle solide pour la stabilité de la nation.

Toujours dans la logique du monolithisme, le pouvoir Rdpc tient en horreur l’idée de l’alternance politique. A un point tel que 20 ans après les lois sur la liberté d’association, les Opposants politiques, les syndicats autonomes, les leaders d’opinion et les médias indépendants sont toujours considérés comme des rebelles ; exactement comme en 1962, sous Ahidjo et Fochive, avec la fameuse ordonnance sur la subversion. Plus de 20 ans après les lois sur la liberté d’association, il n’existe toujours pas un statut pour l’Opposition politique. L’Administration, entièrement aux ordres du Rdpc, et les forces de l’ordre, continuent de traiter d’honnêtes citoyens kamerunais comme des bêtes sauvages qu’il faut éliminer, au seul tort qu’ils n’appartiennent pas au parti au pouvoir. Dans cet univers de l’intolérance, imaginer que d’autres forces politiques ou sociales prennent le pouvoir relève du mythe. L’architecture politique et juridique des institutions du régime Rdpc est ainsi faite que l’alternance politique à la tête de l’Etat et au Parlement est impossible.

L’exemple d’Elecam est illustratif de la faillite morale du pouvoir Rdpc. Le Minatd ayant fait l’unanimité contre lui dans l’organisation des élections, M. Biya a fait une première concession au Peuple kamerunais qui réclamait un organe indépendant pour gérer le processus électoral. Cette concession, il l’a appelée Onel 1, un observatoire, rien de plus. Devant la pression des Kamerunais, il a sorti Onel 2, rien de mieux. C’est alors que le jeu complexe des aspirations légitimes des populations kamerunaises et des intérêts des partenaires occidentaux du Kamerun ont amené M. Biya à créer Elecam. On a cru à une avancée. On a même failli applaudir. Mais à peine votée, la loi sur Elecam a été violée par le même Gouvernement qui l’a conçue. Le Conseil Electoral a été composé à 100% par les pontes du Rdpc en violation flagrante de l’esprit et de lettre de la loi. Mais plus grave a été la modification de la loi sur Elecam avant même sa mise en route pour… réintroduire le tristement célèbre Minatd dans le processus électoral ! C’est ainsi qu’est né Elecam 2. La dernière actualité sur Elecam donne à comprendre que le régime de M. Biya a tiré les conséquences dans la crise postélectorale ivoirienne. Elecam ne pourra même plus proclamer les résultats provisoires des élections. Cette prérogative ainsi que la proclamation définitive sont dévolues au Conseil Constitutionnel c'est-à-dire, en fait, à la Cour Suprême. Quand on sait le type de rapports que M. Biya entretient avec la Cour Suprême, on peut deviner quel type de résultats cette dernière institution serait amenée à proclamer dans une élection où M. Biya serait candidat.

L’embrouillamini autour des différentes modifications de la loi sur Elecam est tel qu’en y regardant de près, on en arrive à se demander à quoi servira désormais le Conseil Electoral. Les élections étant organisées par la Direction Générale d’Elecam sous le contrôle très strict du Minatd, les résultats, même provisoires étant proclamés par la Cour Suprême, le Directeur Général d’Elecam n’étant pas soumis au Conseil Electoral, ce dernier est devenu un organe vide, sans objet ; alors, qu’il y ait 12, 18 ou 24 membres au Conseil Electoral, cela ne change rien. M. Biya, dans un de ses tours de passe-passe dont il a seul le secret, a réussi à verrouiller, à son profit et au profit de son parti, le système électoral. Avec Elecam 3, on est dans une reculade explicite. La faillite est consommée. Car, être amené à modifier à deux reprises une loi avant sa mise en application et alors qu’on a conçu et élaboré la loi sans concertation avec les autres forces sociales et politiques du pays, traduit la déroute politique et morale du régime Rdpc. Inutile d’évoquer amplement la méthode, outrageusement anti démocratique, qui consiste à déposer les projets de loi à la dernière minute, privant ainsi les députés de la possibilité d’un examen sérieux de ces projets.

Notre sentiment est qu’en refusant l’alternance et en verrouillant le jeu politique, sans que par ailleurs les problèmes économiques et sociaux des Kamerunais ne trouvent un début de solution, M. Biya entraîne inéluctablement le Kamerun vers une crise majeure avec risque d’implosion.

Mar 28, 2011

Les objectifs du Millénaire pour le développement et l’environnement économique des pays africains

Par Abanda Kpama Pierre

Adoptés en septembre 2000 par 191 Etats membres de l’ONU, les objectifs du millénaire pour le développement (OMD), étaient censés organiser la solidarité de la « communauté internationale » autour des pays dits en développement encore appelés « pays pauvres », pour permettre à ces derniers d’atteindre, avant 2015, les huit objectifs suivants :
  1. Entre 2000 et 2015, réduire de moitié la proportion de la population dont le revenu est inférieur à 1 dollar par jour et la proportion de la population qui souffre de la faim.
  2. Assurer l’éducation primaire pour tous à l’horizon 2015
  3. Eliminer les disparités entre les sexes dans les enseignements primaire et secondaire.
  4. Réduire de deux tiers le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans, entre 1990 et 2015.
  5. Réduire de trois quarts le taux de mortalité maternelle entre 1990 et 2015
  6. D’ici à 2015, stopper la propagation du VIH/sida et commencer à inverser la tendance ; maîtriser le paludisme et d’autres grandes maladies, et commencer à inverser la tendance.
  7. Intégrer les principes du développement durable dans les politiques nationales ; inverser la tendance à la déperdition des ressources environnementales.
  8. Mettre en place un partenariat mondial pour le développement.

Cinq ans après le lancement de l’initiative OMD, le bilan montra clairement l’impossibilité d’atteindre les objectifs fixés, notamment pour les pays africains. Nous sommes dix ans après, le constat est sans appel : en dehors de la réduction du taux de propagation du VIH SIDA, aucun des sept autres objectifs fixés en 2000 ne sera atteint en 2015. Que s’est-il donc passé ? Les idéologues néolibéraux et leurs admirateurs disséminés dans nos contrées tropicales répètent à qui veut les écouter que la crise économique mondiale a empêché la réalisation des OMD. Il reste à nous expliquer pourquoi la même crise n’a empêché ni la Chine, ni le Vietnam, ni l’Inde, ni le Brésil, ni le Venezuela, sans parler de Cuba qui avait déjà atteint les objectifs du millénaire avant 2000, de sortir de la pauvreté et de construire des Etats et des économies viables, solides et en progrès.

Les causes de l’échec

En réalité, les OMD étaient plombés dès le départ. Les économies des pays dits pauvres sont insérées dans le système capitaliste mondial, non pas en tant qu’économies partenaires, mais plutôt comme économies de sous-traitance. Le rôle qui est assigné aux pays dits pauvres est celui de pourvoyeurs de matières premières bon marché, de main d’œuvre « gratuites »aux fins d’alimenter les industries occidentales et notamment les multinationales et de les rendre compétitives. Toute acquisition et maîtrise de technologie, toute industrialisation d’un pays dit pauvre est fortement combattue par l’Occident capitaliste. Un pays capitaliste qui partagea avec l’Angleterre le rang de première puissance économique au 19e siècle, a même réussi l’exploit de faire adopter sa monnaie par 14 Etats africains, dépouillant ainsi ces derniers de leur souveraineté monétaire. Des économies aussi fragiles qui ne génèrent que faible croissance, alimentent plutôt la pauvreté et le non-développement. Penser que de tels pays puissent promouvoir le bien-être de leurs populations était donc un leurre. A moins d’imaginer que « l’aide internationale » ou encore « la communauté internationale », concepts creux qui traduisent la duplicité et l’hypocrisie occidentales, sont à même de financer le développement économique de nos pays. L’Histoire malheureusement ne donne pas d’exemple de pays qui se soit développé économiquement grâce à l’aide de « la communauté internationale ». Tous les pays qui se sont développés en dehors des Etats coloniaux qui ont pillé les richesses des pays dominés, ont suivi une voie endogène, s’appuyant sur leurs ressources matérielles et humaines intérieures d’abord.

L’on comprend pourquoi la démarche qui a consisté à aligner les OMD sur la solidarité internationale était saugrenue. L’impulsion aurait dû venir des Etats eux-mêmes. Or, crise ou pas crise, le constat que l’on peut faire sur l’état des économies des pays africains est accablant. La quasi-totalité des pays africains ont régressé. A quelques exceptions près, l’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux soins de santé et à l’éducation concerne une minorité de la population. La majorité se débat dans l’extrême précarité et ce n’est pas un hasard si l’espérance de vie dépasse à peine les 50 ans alors qu’il atteint 70 ans dans le reste du monde. Un petit pays comme Cuba réussit à faire vivre ses citoyens plus de 70 ans, instruit 100% de ses jeunes citoyens, offre de l’eau potable, de l’électricité et des soins de santé qui sont d’ailleurs gratuits à 100% de ses citoyens ! A contrario, si l’on prend l’exemple d’un pays comme le Kamerun qui est doté d’immenses richesses naturelles, il est classé à la 171e place sur 183 sur l’échelle IDH (indice de développement humain classement 2009) ; l’eau potable et l’électricité n’y sont accessibles qu’à la moitié de la population, l’espérance de vie est de 51 ans, les soins de santé sont payants, et donc inaccessibles à la majorité de la population, on compte 1 médecin pour 20 mille habitants.

L’échec des OMD était prévisible. On s’est attaqué aux conséquences et non à la cause du problème. Or de quoi s’agit-il ? Nos pays sont enserrés dans la mondialisation néolibérale et n’ont donc que très peu de marge de manœuvre. Les grands pays capitalistes : USA et Union Européenne et notamment la France, utilisent les bras armés que se sont la Banque Mondiale, le FMI, l’OTAN et la CPI pour bloquer toute tentative d’émancipation des pays dits pauvres. Dette, plans d’ajustement structurels (PAS), facilités d’ajustement structurels renforcés (FASR), accords de libres échanges, immigration choisie, tout est inventé et mis en œuvre pour dominer nos pays et les maintenir dans le sous-développement économique et social. Certains pays capitalistes occidentaux comme la France et les USA vont jusqu’à fomenter des coups d’Etat, des guerres et des assassinats de leaders politiques indociles pour placer à la tête de nos Etats des mercenaires à la solde de l’Occident. Ce fut le cas au Congo-Kinshasa avec l’assassinat du grand dirigeant panafricaniste Patrice-Emery Lumumba le 17 janvier 1961 par les Américano-belges via la CIA et l’installation du dictateur sanguinaire Joseph-Désiré Mobutu. Ce fut encore le cas en 1958 et en 1960 au Kamerun avec les assassinats de Ruben Um Nyobe et de Félix Roland Moumie par l’armée et les espions français et l’installation du dictateur sanguinaire Ahmadou Ahidjo. Ce fut encore et toujours le cas au Gabon, en RCA, au Tchad, au Congo-Brazzaville avec le débarquement et le soutien de l’armée française pour imposer à la tête de nos Etats des dictateurs fantoches, totalement acquis aux intérêts de l’Occident.

Embrigadement économique, coercition politique se conjuguent pour étouffer toute tentative d’émancipation de nos Etats. Dans un tel contexte, l’initiative qui a donné naissance aux OMD ne doit être comprise que comme une énième tromperie de la « communauté internationale » à l’endroit des pays et peuples dits pauvres. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler que des esprits nobles, ont, bien avant l’an 2000, proposé que chaque pays industrialisé dont la richesse actuelle est le fruit de l’exploitation des richesses et des peuples de pays tiers, que chaque pays industrialisé donc, consacre 1% de son PNB (produit national brut), d’autres disant PIB, pour l’aide au développement des pays « en voie de développement ». Aucun pays industriel n’a approché ce chiffre de 1%. La France qui est l’un des pays qui exploite le plus de l’Afrique a atteint 0,7% ! Ni les USA qui ont bénéficié de 400 ans de travail gratuit des Africains emmenés comme esclaves en Amérique, ni la Grande-Bretagne, grand pays colonial du 19e et 20e siècle, ni l’Allemagne Fédérale, première puissance économique européenne, ni le Canada, ni le Japon, ni les pays scandinaves n’ont pu affecter 1% de leur richesse aux autres peuples de la planète terre pour soulager leurs misères. L’aide au développement est un bluff et aucun pays africain ne sortira du sous développement en comptant sur cette aide. Les objectifs du millénaire ont échoué. Ils ne seront atteints dans aucun domaine. Reste donc à en faire le deuil et à penser à une autre solution.

Indépendance politique, rupture économique et panafricanisme

Pour sortir de la nuit noire, les peuples africains n’ont qu’une et une seule issue : lutter pour conquérir leur véritable indépendance afin de se réapproprier leur destin. Les exemples ivoirien et tunisien doivent inspirer les autres peuples africains. Nous avons le choix entre baisser les bras et demeurer esclaves, ou lutter avec opiniâtreté pour conquérir notre liberté et notre souveraineté. Nous devons lutter sans relâche, avec une détermination sans faille pour conquérir le droit de disposer de nos richesses, de décider nous-mêmes de notre avenir, de choisir en toute liberté et transparence nos institutions et nos dirigeants, de parler nos langues si riches et si belles, de nous approprier notre culture qui traduit notre vision du monde. Nous devons lutter pour tuer le néocolonialisme dont la françafrique n’est qu’une forme hybride particulièrement nocive. Ce combat est difficile parce que nous le menons étant éparpillés et dispersés. C’est pour cette raison que sa finalité doit être l’unité de l’Afrique. Unité économique, unité politique. Africa must unite, clamait le grand musicien Bob Marley. Unie, l’Afrique pourra alors rivaliser avec les autres continents que sont les USA-Canada, la Chine, le Brésil, la Russie, l’Union Européenne, l’Inde, l’Australie-Nouvelle Zélande, le Golfe Arabo-Persique. Et c’est cette Afrique là, unie politiquement et économiquement, qui permettra le plein épanouissement de nos peuples, réalisant au centuple les objectifs du millénaire. Ainsi sera réalisé le grand rêve d’Osagyefo Nkwame Nkrumah, Patrice-Emery Lumumba, Ruben Um Nyobe, Félix Roland Moumie, Modibo Keita, Gamal Abdel Nasser, Cheik Anta Diop, Amilcar Cabral etc. afin que l’Afrique rayonne de mille lumières.